Aider les parents et les enfants à faire face au stress de la guerre en Ukraine

À Zaporijjia, certains Ukrainiens trouvent un endroit sûr pour parler, jouer et exprimer leurs émotions.

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une mère et son enfant posent avec un projet artistique coloré

Les sons assourdissants et les images effrayantes de la guerre à Zaporizhzhia, en Ukraine, font des ravages chez les parents et les enfants, d’autant plus que le conflit s’engage dans sa cinquième année.

« Quand on va en ville, on peut entendre les sirènes. On voit que les gens sont un peu tendus ou inquiets », explique Tatiana, une mère qui élève, avec son mari dont la santé est fragile, un fils adolescent et une jeune fille à la périphérie de la ville.

« On voit beaucoup de militaires. On se dit que c’est peut-être un film d’horreur ou quelque chose comme ça. »

Malheureusement, ce n’est pas un film.

En décembre, Zaporijjia se trouvait à environ 40 kilomètres de la ligne de contact, où l’armée ukrainienne tentait d’empêcher les forces russes de gagner du terrain. Des missiles tombaient dans certains quartiers de la ville tous les quelques jours, généralement la nuit.
 

Aider les parents stressés à aider les enfants stressés

Selon les psychologues du Centre New Hope, le stress est très éprouvant pour les parents et les enfants. New Hope est un partenaire du Mennonite Central Committee (le MCC) qui offre un soutien émotionnel aux familles. Il s’agit de l’une des quelque douze organisations partenaires du MCC en Ukraine qui ont continué à répondre aux besoins physiques, émotionnels et spirituels tout au long de la guerre.

Plus les parents sont stressés, moins ils ont de patience avec leurs enfants, explique Ira, psychologue pour adultes à New Hope. Les enfants ressentent ce stress, qui s’ajoute à leur propre sentiment d’insécurité lié à la guerre. Lorsqu’ils ont des comportements perturbateurs, les parents se sentent embarrassés, ce qui accroît encore le stress.

« Les enfants sont en train de perdre leur enfance et commencent à se comporter comme de petits adultes », explique Kateryna, psychologue pour enfants à New Hope. Ils parlent de la guerre comme s’ils étaient des adultes, ajoute-t-elle.

Alléger le fardeau

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Lorsque les parents reconnaissent qu’eux-mêmes et leurs enfants sont en difficulté, ils peuvent s’adresser à New Hope pour recevoir gratuitement un soutien émotionnel et un accompagnement. Le personnel offre aux enfants des thérapies par l’art et le jeu, des activités sensorielles et une formation à la régulation des émotions. Les parents peuvent se joindre à des groupes de soutien et participer à des suivis individuels ou familiaux.

Cet espace sécuritaire est très différent des rues de la ville.

« Nous essayons de guérir les cœurs brisés », explique Maxym, directeur de longue date de New Hope, qui est aussi pasteur d’une Église des Frères mennonites à Zaporijjia. « Nous devons aider les personnes en danger. Nous partageons l’amour. »

Parler avec d’autres aide

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group of women sitting around oblong board table
Des femmes participant à un groupe de soutien au Centre New Hope se réunissent pour parler de leurs difficultés et de leurs expériences. Échanger ensemble les aide à faire face au stress de la guerre. Photo offerte par New Hope

Tatiana est venue à New Hope pour obtenir de l’aide face à la peur, à l’anxiété et à la panique qu’elle ressentait, en particulier en ce qui concerne la sécurité de ses enfants. Elle s’est jointe à un groupe de soutien pour femmes animé par Ira. Pendant que le groupe se réunit, sa fille de quatre ans, Polina, participe à des activités pour enfants.

« Pour moi, c’est personnel », explique Tatiana, qui vient chaque semaine depuis février 2025. « Mon enfant est entre de bonnes mains pendant une heure, une heure et demie, et je peux prendre soin de moi, être dans un cercle de femmes et échanger. »
Elle a aussi appris à mieux entrer en relation avec ses enfants, en particulier avec son fils adolescent.

« Au Centre New Hope, on peut apprendre à parler à ses enfants et à mieux créer des liens avec eux », explique Tatiana. « Ce sont des personnes formidables. Elles se soucient des autres. »
 

Quand les parents sont en difficulté

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Ukraine psychologist for adults
Ira, psychologue pour adultes au Centre New Hope, écoute attentivement alors qu’elle anime un groupe de soutien. Photo offerte par New Hope

New Hope emploie 15 personnes qui ont reçu divers niveaux de formation professionnelle pour accompagner des personnes ayant vécu un traumatisme.

Ira travaille principalement avec des parents qui ont de la difficulté à élever leurs enfants en temps de guerre. « La première chose que je dis aux parents, c’est que s’ils sont calmes et stables, ils peuvent transmettre ce calme et cette stabilité à leurs enfants », explique-t-elle.

Par exemple, explique-t-elle, elle a rencontré un père et une mère qui craignaient que leur enfant ne souffre d’un trouble psychologique en raison de son comportement très agressif. Il arrivait à ses parents de le trouver ingérable.

Seigneur, dans ta miséricorde

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Veuillez prier pour les personnes en Ukraine et en Russie. Et si vous avez besoin d’un peu d’inspiration, peut-être que Dieu vous guidera dans la prière grâce à cette vidéo.

En outre, ils faisaient face au jugement de la société et de leur famille élargie lorsqu’il se comportait mal. Ils portaient en eux le sentiment de ne pas être de bons parents, d’avoir peut-être échoué comme parents, voire même comme personnes.

En thérapie, elle a d’abord travaillé avec eux pour les aider à exprimer leurs propres émotions et à apprendre à se calmer. Elle les a aussi aidés à comprendre les réactions courantes des enfants face au stress de la guerre et la façon de répondre aux émotions intenses de leur enfant. Ils ont également discuté des moyens de faire face au jugement des autres.

« Avant la guerre, les gens arrivaient à gérer la plupart des difficultés », explique Ira. « Avec la guerre, toutes les émotions et tous les sentiments sont amplifiés. Les gens vivent un traumatisme secondaire : les explosions, les alertes aériennes, le sang des personnes tuées. »
 

Répit pour les enfants

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dark room with children crawling out of a tunnel
Ces enfants ont créé un « espace sécuritaire » sous la forme d’une maisonnette à l’intérieur de la salle sensorielle faiblement éclairée de New Hope. Les thérapeutes utilisent cette activité pour encourager les enfants à parler de leurs peurs et à discuter des moyens d’y faire face. Photo offerte par New Hope

Les émotions des enfants sont également intensifiées par la guerre, explique Kateryna, qui offre une thérapie individuelle et de groupe pour enfants. « S’ils avaient déjà des difficultés, par exemple avec la colère, la guerre a aggravé le problème, ce qui rend tout encore plus difficile. S’ils éprouvaient de l’anxiété, celle-ci s’est accentuée. »

Pour aider les enfants à apprendre à faire face à leurs émotions, elle leur enseigne ce que sont les émotions et les fait participer à des activités où ils peuvent les exprimer.

L’un des outils qu’elle et d’autres intervenants peuvent utiliser est une salle sensorielle que les enfants peuvent explorer par le jeu libre. On y trouve des meubles souples, une fosse à balles et des tapis de massage. Les intervenants peuvent contrôler les sons, la musique et l’éclairage.

« Peut-être que son corps est bloqué à cause des bruits forts et qu’il est très tendu. Les exercices et les jeux auxquels il participe l’aident à détendre son corps », explique Kateryna.

L’inverse peut aussi être vrai, explique-t-elle. Si l’enfant arrive et qu’il est hyperactif, il peut y sauter et libérer une partie de son énergie. La musique de danse, qu’elle soit somatique ou énergétique, apprend aux enfants à adapter leurs mouvements à l’émotion de la musique.

Offrir aux enfants un endroit sûr où ils peuvent être actifs, se détendre, créer, exprimer leurs émotions et avoir de simples conversations sur l’avenir renforce leur résilience face à la guerre et leur permet de créer de nouveaux souvenirs positifs, explique Kateryna. « Certains enfants me surprennent vraiment par leur force. »
 

La joie et l’espoir grandissent

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un enfant souffle une bulle à travers un carré fait de bâtonnets de bois
Polina tient une œuvre d’art en forme de papillon qui tourne lorsqu’elle souffle dessus, une activité qu’elle a réalisée au Centre New Hope. Photo offerte par New Hope.

Tatiana raconte que sa fille court rejoindre les activités pour enfants, tandis qu’elle attend avec impatience son groupe de soutien. Avec le temps, elle a appris à partager de façon ouverte et honnête. En écoutant Ira et les autres femmes, dont certaines vivent des situations plus difficiles que la sienne, sa perception de sa propre vie évolue.

« Quand on vient ici, on se sent dans un espace sécuritaire, entouré de personnes accueillantes et bienveillantes », explique Tatiana. « Cela donne un sentiment d’espoir, la conviction que l’avenir existe. Oui, la vie peut être difficile, mais elle peut aussi être belle en même temps. On a une journée à la fois, et on la vit. »

Légende de la photo du haut : Une mère* et son fils présentent leurs œuvres lors d’une séance d’art-thérapie familiale dans la salle d’art du Centre New Hope. Photo offerte par New Hope.

Note de la rédaction : Depuis la rédaction de cet article, Tatiana et sa famille ont déménagé au Danemark, ayant jugé que les explosions à proximité représentaient un danger trop grand pour ses enfants. Pour celles et ceux qui ne peuvent pas partir, les portes de New Hope demeurent ouvertes.

Une prière pour l’Ukraine